17 août 2008

Ramallah & Jericho - رام الله و أريحا

Lorsque j'avais accompagné Ephraïm et Hannah à l'aéroport, je m'étais trompé de route et nous nous étions retrouvés sur la route qui menait à Ramallah : c'est si proche de Jerusalem... J'aimerais avoir un avis nuancé et objectif sur le conflit israélo-palestinien, mais trop souvent je ne peux faire autrement que de voir les choses depuis le point de vue israélien, à la fois du fait de mon identité et des difficultés qu'il y a à aller voir sur le terrain : même les voyages de Shalom Archav restent organisés par et pour des israéliens, donc même si le discours est nuancé, le bus ne pénètre pas dans les villes palestiniennes (souvent interdites d'accès aux personnes munies d'un passeport israélien). Voyager en Cisjordanie n'est pas spécialement conseillé et de fait très peu de touristes s'y rendent. Pourtant, ça en vaut la peine !

Depart depuis la porte de Damas pour Ramallah dans la matinée : c'est de là que partent les bus palestiniens (des minibus, comme les taxis collectifs). La veille, j'avais téléphoné au Consulat Général de France à Jérusalem et l'on m'avait assuré qu'il n'y avait aucun risque à aller dans les grandes villes de Cisjordanie. Je mets tout de même Ram au courant  de mon voyage et je note le numéro d'appel d'urgence du consulat - on ne sait jamais, et le consulat est fermé le dimanche : autrement, je les aurais informé.

Ramallah est à 20 km au nord de Jerusalem, mais nous faisons un détour pour arriver au check point de Qalandia. Le mur qui n'en finit pas, les miradors, les blocs de béton qui entravent la rue : ça fait froid dans le dos, tellement c'est horrible et insupportable. De ce que j'ai aperçu depuis les vitres du taxi collectif, je garde le souvenir d'une vision cauchemardesque : ces tours, le gris des murs imposants en face de nous, les grillages et l'ouverture par où passent voitures et personnes. Une réaction d'effroi insurmontable, presque comme une boule dans la gorge. Pas mal de grafittis sur le mur, des messages de soutien dans différentes langues, le mot "ghetto" qui revient.

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Photo trouvée sur internet : l'image ne rend pas la sensation d'être devant

Nous arrivons ensuite dans les territoires administrés par l'Autorité Palestinienne : une grande avenue avec des publicités en arabe et diverses magasins nous mène au centre de Ramallah, place Al-Manara. Cette place en étoile d'où partent six rues et au milieu de laquelle se trouve une fontaine ornée de lions marque le centre de la ville. C'est là que je descends du taxi collectif pour me faire haper par une foule très dense. Je reste quelques instants accoudé à la barrière sur la place à regarder les gens aller et venir, entrer dans les magasins de vêtements, de nourrriture, de jouets, d'electroménager ou d'autres choses. Les femmes sont pour la plupart voilées, bien sûr, avec toutes les nuances possibles qu'il peut y avoir dans un voile : certaines en noir dont on ne voit que les yeux et à peine, d'autres en blanc, et puis les voiles colorés, blanc avec un ruban rose, bleus, noirs avec des filaments dorés ou en dentelle brune qui se rejette vers l'avant. Des hommes habillés en rouge avec fez servent des verres de thé (enfin je crois que c'est du thé) depuis un immense récipient doré sur leur dos.

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Place Al-Manara

Je suis avec attention le manège d'un policier de la circulation qui semble danser pour faire signe aux voitures d'avancer, de s'arreter, de laisser passer les piétons : un petit film pour vous en faire une idée.

Ramallah, c'est une ville fondée par des chrétiens au XVIième siècle mais une grande partie de ses habitants sont depuis 1948 des réfugiés palestiniens. Ramallah comporte une grande partie des instances de l'Autorité Palestinienne et des panneaux y indiquent la présence d'un grand nombre d'ONG et de missions diplomatiques. Je me rends sur les ruines de la Mouqata'a, où se trouvaient les bureaux gouvernementaux de l'Autorité Palestinienne, dont ceux de Yasser Arafat, et qui fut largement détruite par l'armée israélienne en 2002. Il ne reste pas grand chose du batiment, mais un batiment imposant est en cours de construction, financé par le gouvernement japonais et voué à abriter les bureaux de la présidence palestinienne. Un malabar de la garde présidentielle (SPG - Special Presidential Guard) me fait faire le tour de la Mouqata'a, en passant devant quelques bâtiments ministériels décorés de l'aigle noir arabe et du drapeau palestinien. On longe les casernements de la garde présidentielle - on aperçoit même le pied d'un soldat en train de dormir à travers la fenêtre d'un des baraquements - et l'on arrive au mausolée construit pour Yasser Arafat. Une construction cubique à l'intérieur duquel deux soldats en uniforme d'apparat gardent la tombe du premier président palestinien. Le batiment est accolé d'une mosquée assez sobre et aux formes carrées aussi.

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On assiste à la relève des deux gardes, un processus de claqués du talon et de saluts extrêmement bien réglé. Puis le soldat de la garde qui m'accompagnait prend congé et je retourne vers le centre ville et le souk Al-Bireh. On voit très fréquemment des affiches aux couleurs du Fatah, des portraits de Yasser Arafat et de Mahmoud Abbas. Sur un mur sont peints cote à cote les drapeaux palestiniens et irakiens ; entre les deux, un enfants portant les deux drapeaux pleure auprès du père Noël. Des affiches à l'effigie de Marouan Barghouti sur un autre mur, sur d'autres des photos de miliciens en armes devant le dôme du rocher, certainement des "martyrs" (sans doute affiliés aux Brigades des Martyrs d'Al-Aqsa, proche du Fatah).

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Des enfants m'accrochent pour me vendre presque de force des chewing-gums que je ne veux pas, veulent me serrer la main à maintes reprises. D'autres, plus âgés, veulent que je les prennent en photo. Une mère de famille assise devant chez elle avec tous ses petits fils veut aussi que je les prenne en photo, mais elle ne veut pas être sur la photo et sa fille se cache le visage de son voile noir. Un des enfants qui veulent me vendre du chewing gum me pousse dans le musée archéologique de Ramallah, près de la vieille ville : quelques salles avec quelques poteries.

Je mange un sandwich dans un endroit où il font de très bons jus de fruits et je cherche ensuite le bus pour Jericho. Personne ne m'indique le bon endroit, il y a plusieurs points de départs pour les bus autour de la place Al-Manara, mais aucun ne semble être le bon. Ou plutôt, à chaque endroit on m'en indique un autre, et ça n'est jamais le bon. Alors que je me dis qu'après tout, je peux tout aussi bien retourner à Jerusalem, je croise deux des soldats de la garde présidentielle que j'avais vu le matin. Ils se renseignent pour moi et m'accompagnent en discutant jusqu'au lieu d'où partent les bus (taxis collectifs) pour Jericho. Je les aurais trouvé plutôt sympa si l'un d'eux ne m'avait pas demandé de l'argent pour m'avoir accompagné en prenant congé : bizarre. Mais me voila serré dans une longue mercedes orange où parviennent à rentrer 8 personnes (deux devant et deux rangées de sièges) faisant route pour Jericho. La route fait pas mal de détours pour faire le chemin, ce qui est sans doute du aux routes et aux check points israéliens. On passe rapidement un point de contrôle à un moment, où stationnent quelques soldats israéliens autour de blocs de bétons, vers le milieu de la route, avant d'arriver sur la grande route entre Jerusalem et la Mer Morte. A l'entrée de Jericho, il y a deux rangées de contrôles : tout d'abord un contrôle israélien, assez léger, puis quelques centaines de mètres plus loin un poste de contrôle palestinien, où nous devons tous montrer nos passeports. On est  déposés sur la place centrale de Jericho, qui semble être une ville assez étalée et peu dense.

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Proche du Jourdain et de la Mer Morte, Jéricho est la ville la plus basse du monde, à près de -240 m (sous le niveau de la mer), et aussi l'une des plus vieilles villes du monde, dont la fondation daterait du VIIIième millénaire avant notre ère. Dans la Bible, la ville est citée comme la première ville conquise par les hébreux lors de leur arrivée au pays de Canaan : les murailles de Jericho se seraient effondrées par la seule volonté divine après que l'arche de l'alliance et sept prêtres sonnant le chofar eurent effectués sept fois le tour de la ville. C'est la première ville de Cisjordanie à être passé sous administration de l'Autorité Palestinienne après les accords d'Oslo en 1994. Je me rends au Tell es-Sultan, au nord de la ville, où se trouvent les vestiges les plus anciens de la ville, datant du Néolithique. Le site n'est pas des mieux entretenus et perd donc son aspect spectaculaire : on peut y voir des restes de murs d'enceinte, les bases d'une tour de l'époque néolithique (7000-8000 avant notre ère), en partie recouverts de sable. Les vestiges me font un peu penser à ceux de la ville de Troie. Sur la route qui m'y mène, je passe devant un sycomore qui aurait plus de 2000 ans et qui est connu sous le nom d'arbre de Zachée, un précepteur de Jericho qui serait monté sur un Sycomore pour voir Jésus dans la foule.

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Tell es-Sultan

Du Tell es-Sultan, on peut prendre un téléphérique qui monte jusqu'au Mont de la Tentation, où le diable aurait tenté Jésus. Je ne m'y rend pas (il commence déjà a faire un peu tard), mais la petite colline du Tell es-Sultan offre déjà une vue assez large sur la ville de Jericho. Celle-ci apparait par endroits très verte, au milieu du désert. On voit au loin, derrière un léger voile de sable, les montagnes de Jordanie, de l'autre coté du Jourdain.

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Vues de Jericho depuis le Tell es-Sultan

Je continue ensuite vers le palais de Hisham : marche le long de la route dans une chaleur exténuante - heureusement, j'achète une bouteille d'eau fraiche en route et je finis dans un taxi climatisé. Il s'agit des ruines d'un palais construit sous le califat ommeyade d'Hisham ibn Abd al-Malik (723-743) par son successeur Al-Walid ibn Yazid. Le complexe comprenait un palais, une cour pavée, ainsi que des bains, une mosquée et une fontaine. Le palais fut détruit en 747 par un tremblement de terre, mais le site permet toujours de se faire une idée de la grandeur et de l'organisation des différentes salles du palais. Des mosaïques extrêmement bien conservées sont visibles dans les salles de bains et on voit partout des blocs de pierre décorés avec des motifs floraux qui font des arabesques très travaillées : ces blocs servent de chaises aux gardiens du site.

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Je suis absolument seul à visiter ces ruines un peu excentrées, la lumière du soleil qui se couche les éclaire d'une très belle lumière et je peux à loisir tenter d'imaginer la splendeur passée du palais, avec ses bains presque intacts par endroits, où j'imagine une eau fraiche et reposante (qui serait plutôt bienvenue). Je retourne ensuite vers la ville, qui n'est pas toute proche ; il me faut en passant esquiver un type qui veut presque m'obliger à travailler à la construction d'une route : il me met une boite de conserve dans la main, avec laquelle je suis supposé prendre le mortier pour fixer des dalles. Bizarre, ça aussi. Finalement, quelqu'un se propose de me prendre en voiture pour le reste de la route : je ne me fais pas prier et me voici de nouveau dans le centre ville. Il me raconte comment il doit mettre une journée entière pour aller voir sa fille qui n'habite pourtant pas si loin, du fait des barrières et check points israéliens. Un taxi collectif m'emmène ensuite jusqu'au check point pour sortir de Jericho et j'attends de l'autre coté qu'un autre taxi collectif me prenne pour aller à Jerusalem. Il y a une certaine queue pour sortir de Jericho devant le check point, dans la mesure où les soldats israéliens contrôlent les passeports des conducteurs. Je monte finalement dans la voiture d'un arabe israélien, qui avait un peu hésité à me prendre lorsque le soldat lui avait demandé s'il pouvait m'emmener : il avait peur que je sois armé. Lui et sa femme habitent près de Jerusalem et reviennent d'une journée passée dans les piscines d'un des hôtels luxueux de Jericho : ils racontent comment les arabes ont des difficultés pour obtenir des permis de construire en Israël et en viennent par conséquent à construire illégalement. Ils me déposent vers le Mont des Oliviers, d'où je rejoins le centre ville puis l'Université Hebraïque.

Posté par khazar à 21:28 - Commentaires [3] - Permalien [#]

Commentaires sur Ramallah & Jericho - رام الله و أريحا

  • Excellent le policier !!!

    Posté par Ta soeur, 19 août 2008 à 20:38 | | Répondre
  • confirmation de l'excellence du policier !! ton père

    Posté par ton père, 19 août 2008 à 21:22 | | Répondre
  • Une majorette derviche ne ferait pas mieux.
    Une amie de tes géniteurs.

    Posté par Malka, 18 septembre 2008 à 13:59 | | Répondre
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