19 février 2008

Histoires de famille

Je suis donc en ce moment chez Lea, la sœur de mon grand-père, qui est mort bien avant ma naissance. C'est l'occasion pour me raconter tout plein de choses, sur ma famille, sur leur vie pendant la guerre, leur arrivée en France et en Israël. J'essaye de retranscrire dans ce qui suit certains de ces récits, qui ne sont pas uniquement des souvenirs, comme Lea n'avait que 5 ans pendant la guerre.

Ils habitaient à Belz, un village près de Lvov qui comptait près de 40 000 juifs. C'était un "shtetl" assez important donc (il y a même une chanson yiddish assez triste qui s'intitule "Mein shtetele Belz").

Lorsque les allemands arrivèrent en juillet 1941, il y avait pas mal de rumeurs qui circulaient sur leurs intentions vis-a-vis des Juifs et sur les persécutions dont ils étaient les victimes en Allemagne. Néanmoins, le rabbin du village invita tous les habitants a se rassembler dans la synagogue et leur tint un discours rassurant. Pendant la Première Guerre Mondiale, les allemands s'étaient montrés polis et respectueux, il n'y avait pas de raison qu'il en soit autrement désormais.

Le père de Lea, Schulem, n'aimait pas le rabbin, et comme celui-ci disait qu'il valait mieux rester, il décida de partir (explication sans doute un peu rapide, mais je garde comme elle l'a dit). Comme il était marchand, il connaissait assez bien les environs. Ils partirent donc la nuit pour la zone de la Pologne qui se trouvait occupée par la Russie. Une fois la-bas, avant d'aller voir un oncle qui habitait dans une ville un peu plus loin, ils s'arrêtèrent à une auberge pour la nuit. Il faisait froid ; il y avait Léa, mon grand-père Gerszon, leurs parents Hannah et Schulem, le père de Hannah et son frère Avrum. Comme l'auberge ne prévoyait pas des séjours de seulement une nuit, ils payèrent pour un mois avec l'intention d'aller trouver l'oncle le lendemain. Ce sera la qu'ils passeront toute la guerre. L'oncle n'a en réalité pas les moyens pour les accueillir. Peu a peu, Schulem et Gerszon sympathisent avec l'aubergiste, Jievski, et passent leurs soirées a d'interminables parties d'échecs. Gerszon s'entend bien avec la plupart des jeunes du village, il aime bien danser, est très avenant, et aide Jievski pour s'occuper.

Léa dit avoir vu un journal qu'aurait tenu Gerszon pendant la guerre. Ma grand-mère qui téléphone juste a ce moment dit qu'elle n'a que les photos des anciennes copines de Gerszon, qui était un vrai Don Juan. Quand elle parle en yiddish avec Léa, j'arrive a comprendre presque tout ! En fait, c'est mon père qui a le "journal", écrit en Polonais. Il l'a fait traduire en français d'abord, puis en hébreu pour Léa : il s'agit en fait d'une nouvelle.

Ma grand mère et Gerszon se sont rencontres après la guerre. Ma grand mère a passe la guerre en France, notamment a Lyon. Gerszon transite avec sa famille par la France pour ensuite aller en Israël. En fait, ils ont réussi a quitter la Pologne car Hannah, la mère de Léa et la seconde épouse de Schulem, a de la famille en Argentine : elle avait des certificats l'autorisant a aller en Argentine. Bien que mon grand père ne soit pas son fils biologiquement, elle l'avait inscrit comme telle, de peur qu'il ne puisse pas venir avec eux sinon (d'où peut être le fait que Gerszon ait marque Hannah et non Henie, sa vraie mère, dans les papiers officiels faits en France). Ils devaient rester un mois a Paris, ce qui donne a Léa l'occasion d'aller a l'école. Elle ne parle pas un mot de français et se souvient de l'institutrice regardant la fenêtre et disant "Les oiseaux chantent". Ils rencontrent a la synagogue le père de ma grand-mère qui vient aussi de Belz. Comme ils sont la à ne rien faire et que Gerszon a besoin d'occuper ses mains, il vient faire quelques menues besognes dans leur atelier de fourrure : nettoyer, ranger, et comme il est habile de ses mains, il les aide aussi a coudre. C'est là qu'il rencontre ma grand mère et il reste en France. Par la suite, il y aura des projets d'immigration, un terrain sera même acheté près de la mer en Israël pour y bâtir une maison (près de Herzliyya), mais la maladie le prendra trop rapidement...

Hannah avait avant de se marier avec Schulem un fiancé qui était allé en Israël : il était sioniste. Il l'a attendu dix ans, mais Hannah était l'ainée et devait s'occuper de ses parents, qui ne parlaient ni polonais ni allemand. Elle est donc restée a la maison et s'occupait aussi de Gerszon comme si c'était son propre fils (c'était une cousine éloignée de la mère de Gerszon, morte en 1935, lorsque Gerszon avait 14 ans). Schulem voulait se remarier et demandait l'avis de Gerszon, qui organisa une rencontre avec Hannah. Schulem et Hannah se marièrent un mois après. Hannah a ensuite eu Léa a 40 ans, ce qui était très inhabituel a l'époque. Pour l'accouchement, on l'amena à l'hôpital plutôt que de faire appel à une sage femme à la maison, de peur qu'elle ne meure. L'accouchement s'est heureusement extrêmement bien passe. Léa est née avec des cheveux et Gerszon, qui avait alors 15 ans, la prenait avec lui partout ou il allait.

Tandis qu'ils sont chez Jievski, Schulem va à la ville, voit le ghetto. Ça commence a aller de plus en plus mal pour les juifs. Comme personne ne les connait là ou ils sont, il ne voit pas de raison de se signaler comme on le demande aux juifs. Ils ne portent pas de brassards et Schulem demande à Léa et à sa mère de ne plus se montrer à l'extérieur.

Un jour que Schulem va à la ville pour vendre et acheter diverses choses, on lui dit que ce n'est pas le moment pour faire des affaires, comme on est en train de chercher les juifs. Il se cache dans le cimetière avec Avrum, et de là voit les Juifs se faire frapper, arracher leurs barbes, se faire tuer, etc. Ainsi jusqu'au soir, ou ils rentrent au village. Il dit alors a Jievski de lui construire un "bunker", comme ils sont en train de tuer tous les Juifs. Jievski et sa femme en parlent chacun a leur confesseur. Jievski est un polonais catholique, sa femme est ukrainienne, orthodoxe. Le prêtre orthodoxe dit a la femme de Jievski que ce qui est en train de se passer provient du fait que Jésus a été tue par les juifs ; le prêtre catholique dit a Jievski que Jésus était juif. Il dit n'avoir rien entendu, que c'est tout comme si Jievski ne lui avait rien dit, que c'est à lui de décider. Jievski convainc sa femme de protéger cette famille, qu'il considéré désormais comme sa propre famille, il ne veut pas que ces enfants soient tues. Ils construisent ce "bunker" et disent que toute la famille a fui vers la ville durant la nuit.

En face de la maison de Jievski, il y avait un autre bâtiment qui servait de grange, avec du foin et des vaches. En dessous des planches, de chaque coté de l'allée centrale de la grange, il y avait des compartiments creusés dans le sol qui servaient d'entrepôts, de réfrigérateurs. Deux de ces compartiments furent réunis pour accueillir Lea, sa mère Hannah, le père de Hannah et Avrum. Il n'y avait pas assez de place pour Gerszon et son père qui allèrent chez le frère de Jievski, Stach. Celui-ci avait des chevaux ; les allemands pouvaient les louer. C'est sous le crottin des chevaux que fut installé le "bunker" de Schulem et Gerszon : un endroit ou personne ne pourrait venir les chercher ! Il y avait une famille juive dans le village, avec un garçon de l'age de Gerszon, Ige. Bien que Schulem les ait mis en garde, les parents de Ige s'en allèrent à la ville et n'en revinrent jamais. Schulem empêcha Ige d'y aller a son tour et celui-ci demeura avec Gerszon et son père. C'est en décembre 1942, peu avant Noël,qu'ils s'installèrent dans ces "bunkers".

Une fois par mois, vers 3 heures du matin, Gerszon venait les voir dans leur bunker. Comme les allemands venaient passer la nuit chez Stach, ils y laissaient des journaux. La femme de Stach leur apportait a manger et des journaux a 4 heures du matin. Avec les journaux, ils pouvaient tenir à jour une carte sur laquelle ils indiquaient où en était la guerre. Schulem envoya Gerszon dans l'autre bunker à la nouvelle de la défaite allemande de Stalingrad. Avant, il craignait que les allemands occupent l'ensemble du monde. A Stalingrad, il entrevoyait déjà la fin de la guerre, comparant cette défaite à celle de Napoléon : il envoya donc Gerszon exprès pour apporter la nouvelle.

Schulem avait mis avant de se cacher des dollars et des pièces britanniques en or dans des bouteilles enterrées à des endroits précis, que Gerszon pouvait aller chercher. Ainsi ils pouvaient donner de l'argent à Jievski et Stach.

Ils furent libérés en juillet 1944. Les combats étaient rudes près de Lvov, avec des percées, des retraites. Lea et sa mère ne voulaient pas sortir tant que Schulem ne leur aurait pas dit qu'elles pouvaient le faire. Même lorsque Jievski leur disait que les russes étaient arrivés, elles ne sortirent pas. Cependant, Jievski avait entendu que le capitaine du régiment russe était juif. Il alla lui dire qu'il avait un bunker avec des juifs et que ceux-ci ne voulaient pas sortir. Pouvait-il les convaincre de sortir ? Ce capitaine était le fils d'un rabbin d'Odessa. Lorsqu'il ouvrit la trappe et les vit si misérables, il se mit a pleurer.

Le père de Hannah mourut trois mois avant la libération. Jievski avait très peur de faire sortir le cadavre, qui resta trois jours et trois nuits dans le bunker. Avec son age et l'enfermement, le père de Hannah était devenu fou à la fin de sa vie.

A 4 heures du matin en général, Jievski apportait de la soupe (dans laquelle il mettait tout ce qui lui tombait sous la main) et du pain. Hannah coupait le pain en quatre petits morceaux , en rappelant qu'il fallait le manger lentement. Jievski apportait chaque jour à Lea un œuf et du lait, jusqu'à ce que les allemands prennent les poulets et les vaches. Les derniers 3 mois furent particulièrement difficiles. Ils étaient affamés. Hannah gardait la croute de son propre pain pour la donner à Léa la nuit, comme elle avait alors faim. Le père de Hannah râlait, trouvait que c'était à lui qu'elle aurait du donner ce pain. Léa se réfugiait derrière sa mère et mangeait la croute.

Le capitaine juif leur donna du savon, du sel et des vêtements. Léa se souvient extrêmement bien de Gerszon la lavant alors qu'ils venaient tout juste de sortir du bunker. Son corps était couvert de boutons, il y avait des puces ; elle était malade, avait perdu ses cheveux et se tenait toute courbée. Gerszon la frotta fort, nue sous le soleil, en pleurant. Jievski aussi pleurait en la voyant sortir aussi changée, elle qui était une jolie petite fille avant d'aller dans le bunker.

Dix jours plus tard, l'Armée Rouge arriva et ils emmenèrent Gerszon et Avrum de force.

En sortant, ils étaient très malades. Hannah vomissait et Schulem était complètement courbe. Un médecin russe juif dit a Hannah de ne boire que du lait et de l'eau, pour ensuite y adjoindre du kasha.

Avec les dollars cachés dans les bouteilles, Schulem rapporta de la ville un cochon et des poulets. Jievski était malade, il ne pouvait plus faire pipi. Sa femme mourut 2, 3 mois après la Libération. Peut-être a cause des cadavres dans la rivière, que Schulem avait vus. Il leur avait dit de ne pas boire cette eau. Ils restèrent neuf mois la bas. Jievski mourut et Schulem lui fit une tombe. Sa fille Stevska demeura avec eux.

Les villageois en voulaient à Stach d'avoir caché des juifs. Schulem lui donna de l'argent pour que lui aussi quitte le village, où il pouvait être tué, et ils partirent ensemble pour Slotchev. Ils durent attendre le train un mois ! A Bitum, Stach alla dans sa famille, ainsi que Stevska, et après la guerre, Gerszon allait tous les ans les voir en Pologne, avec une valise pleine de tout un tas de choses.

Lea et ses parents restèrent à Schesia, près de Bitum, à un endroit appelle Gleiwitz. Schulem ne savait pas ce qui était arrivé à Gerszon et à Avrum : il parcourut toute la Pologne à leur recherche, collant des affiches leur indiquant où ils habitaient et interrogeant les communautés juives. Avrum arriva en 1945, des mois après la fin de la guerre, où il s'était occupé des chevaux dans l'artillerie. Gerszon ne vint qu'en 1946 : durant la guerre, il avait été blessé aux genoux par une balle et avait dû rester à l'hôpital. Par la suite, il fut envoyé comme gardien de mines dans l'Oural. Une infirmière juive l'aidait en douce en lui donnant ce qu'elle pouvait : il faisait très froid et il n'y avait pas grand chose à manger. Il put revenir en Pologne quand ce pays demanda à l'URSS le retour des polonais qui y résidaient.

Hannah avait de la famille en Argentine et put obtenir des certificats pour y aller. Ils quittèrent la Pologne pour Paris en 1948 et arrivèrent ensuite en Israël (sauf Gerszon). Si je me souviens bien, Schulem avait un petit frère, Iré, qui était parti en Israël avant la guerre. Schulem l'avait laissé à Herzliyya, avant de repartir en Pologne pour rejoindre sa première femme qui était malade. C'est là qu'ils allèrent et ils purent retrouver ce petit frère. Ils achetèrent des terrains et Léa y habite toujours.

En 1944-45, Léa avait 7 ans, mais pourtant elle se souvient bien qu'un jour, après être sortie du bunker, son père l'amena dans la foret. Il y avait 2 ou 3 autres juifs et ils récitèrent le Kaddish dans une cérémonie de Hashara (du souvenir) devant un endroit où la Terre avait été remuée. Des cheveux et des lambeaux de vêtements étaient encore accrochés aux branches de cet endroit ou des juifs avaient été amenés et abattus. Schulem avait entendu le massacre depuis le bunker près de la maison de Stach, qui se trouvait de l'autre coté du village que celle de Jievski. Les pleurs et les cris en yiddish, les mitraillettes. Comme Lea n'avait pas pleuré une seule fois dans le bunker, qu'elle avait compris qu'il en allait de leur vie (Hannah lui racontait des histoires pour prévenir les pleurs), Schulem avait estimé qu'il pouvait l'emmener à la Hashara.

Il faut raconter un autre évènement. Alors que cela faisait déjà 2 ou 3 mois qu'ils étaient dans le bunker, un gentil du village dit qu'il n'avait pas vu cette famille en ville. Jievski répondit qu'il n'en savait rien mais qu'elle était partie. L'on fit venir des allemands qui menacèrent Jievski de le tuer. Ceux-ci revinrent ensuite avec des chiens : Hannah boucha le conduit d'aération avec des vêtements, ce qui suffit pour ne pas éveiller les soupçons des chiens. Sans air, ils purent tout de même entendre Jievski dire qu'il était un vieil homme et qu'ils pouvaient le tuer s'ils le voulaient. Il fit le signe de croix et les allemands lui tirèrent entre les jambes. Apres la guerre, des villageois vinrent dirent à Hannah qu'ils savaient qu'ils s'étaient cachés mais qu'ils n'avaient rien dit. Elle se tut.

Un arbre au mémorial de Yad Vashem a été planté pour se souvenir des Justes de ce village de Pologne. Je vais essayer de le trouver, bien que le nom que m'a donné Léa est assez flou : Iagudsa ? Jagocia ?





* * * * * *

Quelques modifications


Ma grand-mère a tenu a faire quelques corrections et ajouts :

- Schulem, plutôt que marchand, avait un moulin et achetait le blé aux paysans ;

- Ce serait Schulem et non Hannah qui aurait eu de la famille en Argentine ;

- Il est impossible que Schulem et Gerszon aient rencontré la famille de ma grand-mère à la synagogue, car ils n'y allaient pas : beaucoup de juifs ne voulaient plus entendre parler de religion après la guerre. Schulem est venu dans la famille de ma grand mère car ils étaient avant tout du même village. Peut être s'étaient-ils rencontrés rue des Rosiers.

- Gerszon est venu chez les Steinberg (la famille de ma grand mère) après avoir appris le métier chez le fourreur Halpern , rue du Fbg. Poissonnière (et non juste pour s'occuper).  Par la suite, c'est le coup de foudre pour Gerszon et ma grand-mère.

- Gerszon avait des projets d'immigration qui n'étaient pas partagés par ma grand-mère. Le terrain en Israël a été acheté pour investir leur argent : le terrain n'était pas constructible et il a fallu le vendre avec perte, ce qui a rongé Gerszon ; le terrain a été vendu après sa mort.

- L'histoire de Hannah qui avait un fiancé en Israël avant de se marier serait en fait l'histoire de la soeur de Schulem, Tcharné, très belle : elle avait un fiancé sioniste qui est allé en Israël en la laissant en Pologne par ce qu'elle devait s'occuper de sa mère... Elle est allée bien plus tard en Israël et s'est mariée avec quelqu'un d'autre, Max. Elle était sans enfants.

- Schulem a demandé son avis à sa sœur Tsarné - elle était en classe avec la mère de ma grand-mère-, c'est elle qui a organisé la rencontre avec Hannah, mais Schulem a demandé l'avis a Gerszon. Gerszon est resté longtemps seul avec son père était content que Hannah vienne pour reprendre le ménage en main.

- Selon ma grand mère, Gerszon n'est jamais retourné en Pologne (donc n'a pas revu la famille de Jievski).

- Le frère de Schulem ne les aurait pas reconnu ni accueilli comme Schulem l'aurait souhaité.





 

Posté par khazar à 23:26 - Commentaires [4] - Permalien [#]

Commentaires sur Histoires de famille

  • Quelle incroyable histoire !
    Ton blog n'en sera bientot plus un, il devient livre au fur et à mesure, continue !

    Posté par josquin, 24 février 2008 à 03:54 | | Répondre
  • Eratum

    "ils rencontrent à la synagogue le père de ma grand mère" !
    Isaac Chaim Steinberg est mort à AUSCHWITZ.

    Posté par VIVIANE, 01 mars 2008 à 14:25 | | Répondre
  • Eratum

    "ils rencontrent à la synagogue le père de ma grand mère" !
    Isaac Chaim Steinberg est mort à AUSCHWITZ.

    Posté par VIVIANE, 01 mars 2008 à 14:25 | | Répondre
  • Eratum

    "ils rencontrent à la synagogue le père de ma grand mère" !
    Isaac Chaim Steinberg est mort à AUSCHWITZ.

    Posté par VIVIANE, 01 mars 2008 à 14:26 | | Répondre
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